L’histoire de la SAHC
Des origines à nos jours
La Société Archéologique et Historique de la Charente a été fondée à Angoulême le 16 août 1844. Elle a tenu sa première séance le 22 août 1844 sous la direction de Charles de Chancel qui en a été son premier président jusqu’en 1862.
La création
Les circonstances de sa fondation sont liées au contexte de la première moitié du XIXe siècle, aux désordres de la Révolution entraînant la dispersion du patrimoine telles que les bibliothèques monastiques ou le démantèlement de certains édifices anciens comme les châteaux et les abbayes. Des gens cultivés s’émeuvent de cette situation un peu partout en France et, pour sauver voire réhabiliter ce qui subsiste, décident de créer des associations d’étude et de sauvegarde du patrimoine. Ces actions sont encouragées dans chaque département par l’Inspection Générale des Monuments, créée en 1830, où s’est illustré notamment Prosper Mérimée. C’est ainsi qu’en 1834 a été créée par Arcisse de Caumont la Société Française d’Archéologie, la même année où était fondée à Poitiers la Société des Antiquaires de l’Ouest. En Charente, la fondation de la Société Archéologique et Historique de la Charente a été plus tardive. Elle a été précédée par les travaux d’érudition d’Eusèbe Castaigne, bibliothécaire et archiviste municipal à Angoulême, qui avait publié un Essai d’une bibliothèque historique de l’Angoumois rassemblant les sources imprimées et manuscrites des annales de notre province et par la publication de la Statistique Monumentale de la Charente par l’abbé Michon qui avait en quelque sorte défriché le sol charentais en repérant tout ce qui pouvait offrir un intérêt historique ou artistique, réalisant ainsi une œuvre qui continue à être aujourd’hui encore une référence.
Eusèbe Castaigne, fondateur de la la SAHC
Ce grand érudit est né à Bassac en 1804 et décédé à Angoulême en 1866. Issu d’une vieille famille fixée à Bassac depuis le XVIe siècle, Eusèbe Castaigne fut élève au collège de Pont-le-Voy (Loir et Cher). Marié en 1826 avec la fille d’un riche marchand d’Angoulême, Castaigne s’y fixa. Nommé en 1830 conservateur de la bibliothèque municipale d’Angoulême, il assumera à partir de 1858 les fonctions d’archiviste de la ville. Castaigne écrira plus de 80 ouvrages et articles consacrés à la Charente. En 1844, Castaigne fonda la SAHC à laquelle il consacrera une grande partie du reste de sa vie. Bibliophile, historien, archiviste, Eusèbe Castaigne fut aussi archéologue, critique littéraire, numismate et poète. Il correspondait avec Mérimée, Sainte-Beuve, Alfred de Vigny et Ludovic Vitet, premier inspecteur général des Monuments Historiques qu’il reçût à Angoulême. Eusèbe Castaigne demeure en Charente le grand rassembleur des savants et le pionnier de la défense du patrimoine comme de la connaissance historique.
Eusèbe Castaigne et l’abbé Michon ont fait partie des membres fondateurs à côté d’autres érudits et chercheurs tels que François Marvaud, professeur et John Bolle, avocat, ou de notables comme Charles de Chancel, magistrat et conseiller général, Zadig Rivaud, maire d’Angoulême et fondateur du journal Le Charentais, Étienne Gellibert des Seguins, député, Paul Sazerac de Forge, négociant, plus tard maire et conseiller général. Dès sa création, la Société Archéologique et Historique de la Charente s’est appuyée sur les autorités (préfet, évêque, maire, conseil général...) avec des personnalités telles que le préfet Galzain, l’évêque Cousseau, le maire Rivaud, etc. Angoulême se distingue des sociétés savantes naissantes de la région par la présence permanente d’un cercle restreint de notables qui constituent la très grande majorité des 75 membres de départ. De plus, le statut d’admission très ouvert permet l’arrivée de nouveaux membres qui viennent rapidement grossir les effectifs. Ainsi la Société Archéologique et Historique de la Charente fait preuve de beaucoup d’innovation en organisant son conseil d’administration en deux pôles : un groupe actif de politiques locaux d’une part tels que les Rivaud, Chancel, Gellibert des Seguins et des chevilles ouvrières un peu en retrait mais très efficaces : Castaigne, Marvaud, Bolle, Gigon, etc. Certes dans les débuts, l’ouverture à de nouveaux membres n’est pas encore une ouverture au grand public. Être membre d’une société savante, c’est alors avoir une solide culture humaniste, une grande curiosité d’esprit et surtout des loisirs suffisants. Il est donc bien clair que seuls des notables et des rentiers pouvaient disposer des moyens et du temps nécessaires pour des travaux de recherches. Pourtant assez vite, à ce premier cercle de notables et de rentiers, est venu s’ajouter peu à peu un second cercle d’érudits venus du clergé comme les abbés Maratu, Nanglard, Mazières, etc. ou encore le pasteur Lièvre ou de l’enseignement comme Marvaud, professeur au lycée d’Angoulême et plus tard Favraud, inspecteur, passionné d’archéologie et de préhistoire.
L’une des forces vives de la Société Archéologique et Historique de la Charente, c’est aussi la publication des documents anciens ou de travaux de recherches. Dès 1845, le premier bulletin voit le jour. Il va être continué pendant 165 ans avec dans les débuts un manque certain de régularité mais des bulletins spéciaux viennent compléter a posteriori les manques de la série. Une autre force vive de la Société Archéologique et Historique de la Charente est son musée installé en 1876 par les soins de Gustave Babinet de Rencogne et avec le consentement du maire d’Angoulême, Jean Broquisse dans des salles du nouvel Hôtel de Ville. Ce beau local permit à la Société Archéologique et Historique de la Charente de présenter de meilleure façon les nombreuses sculptures reléguées jusqu’alors dans les sous-sols du Palais de Justice. De plus, le musée bénéficia de deux apports particulièrement curieux : le tombeau de Pierre de Chambes, chevalier du XIIIe siècle, ainsi que la fameuse mosaïque gallo-romaine de Fouqueure, qui se trouvent aujourd’hui dans les galeries extérieures du musée actuel, 44, rue de Montmoreau à Angoulême. Un événement est venu marquer l’histoire de la Société Archéologique et Historique de la Charente pour éveiller la curiosité des savants. C’est la découverte en 1868 d’un théâtre gallo-romain aux Bouchauds, commune de Saint-Cybardeaux. Situé le long de la voie reliant Saintes à Lyon, ce nouveau site archéologique venait s’ajouter à un autre site découvert par l’abbé Michon, celui des thermes de Chassenon constituant autant de vestiges importants de l’époque gallo-romain en Charente. De 1844 à 1877, s’étaient succédés seulement trois présidents : Charles de Chancel, Étienne Gellibert des Seguins et Gustave Babinet de Rencogne. Aussi quelques membres jugèrent opportun de modifier le règlement en stipulant que la charge de président ne pourrait s’exercer pendant plus de deux années consécutives. Les présidents se succédèrent, en général, à une cadence régulière mais la plupart étant réélus, aucune entrave ne s’opposa à la bonne marche des travaux. En 1910, le président Jean George, soucieux d’accroître le prestige de la société en veillant à la bonne tenue de ses publications réussit à obtenir la reconnaissance d’utilité publique. Signalons pour l’anecdote que dans la circonstance l’évêque n’avait pas été mentionné quelque temps dans les publications comme président d’honneur... titre qui lui fut rendu une fois la reconnaissance d’utilité publique obtenue...
Jean George, bienfaiteur de la SAHC
Ce brillant érudit est né à Condat en Corrèze en 1855 et mort à Angoulême en 1940. Docteur en Droit, il exerça les fonctions de receveur municipal de la ville d’Angoulême et se passionna très tôt pour l’histoire de cette cité et celle de la Charente. On lui doit de très nombreux travaux et des ouvrages de référence comme la Topographie Historique d’Angoulême (1899) ou Les églises de France, la Charente (1933). Grand collectionneur, il fut une sorte de duc d’Aumale local. Même si ces moyens n’étaient pas ceux du fils du roi Louis-Philippe et que la SAHC ne renferme pas les trésors de Chantilly, George a tout de même rassemblé un nombre impressionnant d’objets de qualité et de très beaux ouvrages. Conservateur des antiquités et d’objets d’art de la Charente, il fut à plusieurs reprises président de la SAHC, institution à laquelle il était particulièrement attaché au point qu’il lui légua son bel hôtel particulier Angoumoisin de la rue de Montmoreau ainsi que toutes ses collections afin d’y installer un musée et une bibliothèque.
Décédé en 1940, Jean George légua ses biens dont sa maison à la société. À cause de la guerre, de l’occupation et des difficultés financières, la société ne s’installa qu’en 1950, après quelques aménagements, dans l’ancienne maison de Jean George au 44, rue de Montmoreau à Angoulême. Cet immeuble, devenu à la fois siège social, bibliothèque, lieu des réunions, musée, s’il a été d’abord considéré comme un bien précieux, s’est aussi révélé au fil des années comme une charge assez lourde par les dépenses qu’il entraîne : entretien, gardiennage, sécurité...

- Le bureau de Jean George
- ©Patrick Blanchier
Tout en continuant ses publications et ses recherches à partir des documents d’archives, la société a été aussi une pépinière d’archéologues et de préhistoriens. Des hommes comme le pasteur Lièvre, le notaire Gustave Chauvet, l’inspecteur Alexis Favraud, le docteur Henri-Martin et sa fille Germaine Henri-Martin, Pierre David et plus près de nous, le doyen Patte, Jean Piveteau, anthropologue et paléontologue, Yves Guillien, géologue, le docteur Gauron, Louis Duport, Claude Burnez, André Debenath, José Gomez de Soto, directeur de recherches au CNRS, entre autres chercheurs, nous ont laissé des études fort savantes et d’un haut niveau scientifique dans les bulletins de la Société Archéologique et Historique de la Charente. Ces archéologues ont découvert et fouillé des sites en Charente tels que La Quina, devenu un site éponyme, la Chaire à Calvin, les grottes de Montgaudier, de Vilhonneur (l’Abri du Chasseur, le Placard), de Puymoyen ou encore des Perrats à Agris où a été trouvé le fameux casque celtique, faisant du département de la Charente un territoire presque aussi riche en Préhistoire que celui du département voisin de la Dordogne. Certains objets trouvés dans les divers chantiers de fouilles ont été rassemblés pour constituer une partie des collections du musée de la Société. Aujourd’hui, la Société Archéologique et Historique de la Charente c’est près de 500 membres, des publications régulières, des séances mensuelles, une importante bibliothèque consultée par des chercheurs et des étudiants, un musée contenant des collections préhistoriques, gallo-romaines, médiévales ainsi que des objets anciens comme des émaux, des faïences ou relevant du folklore comme les coiffes charentaises. Depuis quelques années, la Société a noué des relations de partenariat avec diverses institutions culturelles comme le Musée de la Ville d’Angoulême, le GERMA et le laboratoire du Musée, la Bibliothèque municipale, les Archives ainsi qu’avec des associations telles que Via patrimoine, les Vieilles Maisons Françaises, l’Académie d’Angoumois, Amitiés France Québec, le Cercle littéraire et artistique, etc.
Ainsi depuis 165 ans, la Société Archéologique et Historique de la Charente, par ses séances où s’échangent des informations sur l’histoire régionale,
par son importante bibliothèque, par les collections de son musée et par ses publications, entretient la mémoire du département de la Charente et participe auprès de diverses institutions et associations culturelles et d’autres sociétés d’histoire, apparues plus tard, à l’identité régionale.



