L’immeuble de la SAHC
Un hôtel particulier du XIXe siècle
L’imposant immeuble situé au 44 rue de Montmoreau fut édifié à la toute fin des années 1830. À cette époque, la construction d’un tel bâtiment à Angoulême pouvait difficilement avoir lieu dans le cœur de ville déjà fortement urbanisé.
Ainsi, les travaux furent effectués en dehors du périmètre des remparts, dans un secteur peu loti situé le long d’une voie de communication importante : la rue de Montmoreau. La demeure fut vendue à Antoine George, père de Jean George, le 10 mai 1886 suivant contrat passé devant Maître Guérin-Boutaud, notaire à Angoulême. C’est à cette époque que l’immeuble entra en possession de la famille George. Jean George y décéda le 17 février 1940. Sans descendant, il légua sa demeure, le mobilier, la bibliothèque et les collections qui s’y trouvaient, à la Société Archéologique et Historique de la Charente, aujourd’hui propriétaire.
Le bâtiment de plan rectangulaire donne sur la rue de Montmoreau et fait l’angle, au nord, avec le boulevard Winston Churchill. À l’arrière, prennent place une cour et un jardin qui se déploie tout en longueur jusqu’à la rue des Bézines située en contrebas. L’architecture est de style néo-classique, mouvement artistique qui vit le jour en France dans la seconde moitié au XVIIIe siècle et qui perdura jusqu’au premier tiers du XIXe siècle.
La façade sur rue présente un rez-de-chaussée en bossage. Il est percé de 4 fenêtres et de 2 portes, la principale placée au centre de la façade, la seconde, plus petite, correspondant à l’entrée de service, rejetée sur la droite. La décoration de cette façade porte essentiellement sur les baies du premier étage, dit étage noble, et la corniche qui souligne la toiture. La façade côté jardin est traitée plus sobrement. À la différence de la façade sur rue, elle repose sur un sous-sol qui compense le fort dénivelé du terrain.

- Façade sur jardin
- ©Patrick Blanchier
L’inventaire après décès donne une idée très précise de l’aménagement intérieur de la demeure du vivant de Jean George, et permet de constater qu’assez peu de transformations y ont été effectuées depuis. Au sous-sol, se trouvaient 4 caves ouvrant sur la cour arrière. Le rez-de- chaussée comportait le vestibule d’entrée prolongé par un couloir, une salle à manger côté jardin, un salon côté rue, la cuisine, une pièce donnant sur la rue et, dans l’axe de l’entrée de service, l’impressionnant bureau de Jean George.
Au premier étage se trouvait un salon, côté jardin, la chambre de Jean George et le cabinet de toilette attenant, enfin côté rue, une seconde chambre et une autre pièce. Le deuxième étage possédait deux pièces donnant sur la rue et deux autres sur le jardin, l’une d’elle servant de cabinet de lingère. Le grenier abritait deux chambres de bonnes. Le grand escalier était réservé à l’usage de la famille, le second, plus modeste, utilisé par le personnel de maison.
La taille de l’édifice et le soin porté à l’architecture ne laissent aucun doute sur le statut social du propriétaire et permettent de classer l’immeuble dans la catégorie des hôtels particuliers. Au Moyen Âge, les hôtels particuliers étaient les pied-à-terre des puissants lorsqu’ils quittaient leur château de campagne pour séjourner en ville. Plus tard, le terme désigne les vastes demeures construites en milieu urbain par de riches commanditaires. Au contraire de l’immeuble bourgeois, occupé par plusieurs familles, l’hôtel particulier ne loge que son propriétaire et le personnel de maison. L’immeuble de la Société Archéologique et Historique de la Charente est représentatif des imposants hôtels particuliers angoumoisins du début du XIXe siècle, propriétés de la classe sociale émergente de l’époque.


